Magazine

FEMMES, A QUAND L'EGALITE ? - Provence Durable - n°5 - automne 2015

3,50 €

Sommaire: 

Au sommaire de ce numéro

Échos d'ici et d'ailleurs

Dans le réseau

Vagabondages.... - Engagées à Correns
- Des bambins bercés à l'écologie

Dossier.... Des femmes sur tous les fronts

Un temps avec.... Susan George : « le néolibéralisme devient le sens commun »

Territoires... Régionales : une même question posée à toutes les candidates

Controverse... Pour ou contre le revenu de base ?

Lumières... - « Les sociétés face au choc climatique »
- « Économie du partage : enjeux et opportunités pour la transition écologique »

Société... La pilule contraceptive est-elle anti-écolo ?

En pratique... Faire sa propre bière

À faire cette saison... À table - Au jardin

Initiatives... - Vous feriez bien une Pause déjeuner ?
- Parrain comme cochon
- La Nouvelle Mine donne le sourire
- Des cueillettes solidaires et anti-gaspi

Éco-Club... Rubrique d'expression citoyenne

Portrait de militant... Huile d’olive bio : Jacqueline Bellino , la pionnière

Carnet de balade... À la rencontre des premiers hommes

Art et culture

Sur la toile

Sortons !

Carnet d’adresses

Édito: 

« Invisibles »

Où sont les femmes dans les médias ? Outre les revues dédiées à la beauté ou la cuisine, dans lesquelles elles sont largement représentées, la gent féminine demeure invisible ou presque dans la plupart des médias « sérieux ». Essayez de dénicher un(e) expert(e) sur tel ou tel domaine, 3 fois sur 4 et plus, ce seront des hommes qui vous seront proposés par les attaché(e)s de presse, une profession pour le coup largement féminine, au contraire de la politique qui reste ultra dominée par les hommes (lire notre cahier dédié aux élections régionales). Pour autant, de très nombreuses femmes portent de beaux projets de transition sur les territoires, créent des entreprises, innovent dans tous les domaines, avec - selon de nombreux sociologues - des qualités indéniables (écoute, empathie, douceur...) : certains allant même benoîtement jusqu’à parler de véritable management au féminin ! Une différenciation qui maintient le creusement des inégalités liées au genre, comme l’indiquent les féministes universalistes. Car oui, les inégalités demeurent. Et cette représentation prédominante de la femme proche du care* a la peau dure... Ce numéro, dans lequel seules des femmes ont la parole, est dédié à toutes celles qui s’engagent, inventent, innovent. Dans des économies « plus humaines », comme l’économie sociale et solidaire et l’économie collaborative, mais aussi et surtout dans tous les domaines autrefois réservés aux hommes. L’égalité est un droit, notre droit.

La rédaction de Provence Durable magazine

(*) Le care est un mot anglais qui n’a pas d’équivalent en français. Il s’agit d’avoir le « souci des autres » (être à l’écoute, assurer le suivi médical, nourrir...) : ses enfants, ses parents, sa famille...

Actualités

Au travail, « la femme est un homme comme les autres »

Pour cette journée internationale de lutte pour les droits des femmes, nous republions un article paru à l'automne dans le numéro 17 de Bretagne durable, intitulé : "Femmes, à quand l'égalité ?"

Pour une femme, travailler est désormais devenu la norme. Les femmes dirigent et créent des entreprises. Pour autant, comme le soulignent les chercheurs, tous s'accordent sur un point : les inégalités professionnelles sont bien réelles. A fonction et compétences égales : 20 % de salaire en moins en moyenne ! Valoriser le care1 ou instaurer la mixité au rang de principe de justice, la société doit faire ses choix.

« On m'a proposé deux postes lors de cet entretien : l'un en direction, très bien payé. Et l'autre en assistanat de direction, moins bien payé mais à 3 jours par semaine. Comme je veux être disponible pour mes enfants, j'ai choisi le second. » Cette histoire, on la connaît tous. C'est celle de Marie, 34 ans, bac + 5 en management, qui met « un peu sa vie professionnelle de côté pour bien s'occuper de ses (mes) enfants ». Mais Marie est très consciencieuse et, finalement, elle accumulera les heures supplémentaires, pour bien faire son travail. In fine : une carrière professionnelle à l'arrêt, des difficultés financières, une maman qui court et une femme frustrée. Bref, une réussite !

« Autocensure »

Pour Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales et auteure de Petit traité contre le sexisme ordinaire (Albin Michel), il s'agit là « d'une deuxième forme de sexisme (ndlr, le premier revenant à la gente masculine à l’égard des femmes) : celui qu'on retourne contre soi-même. Cela veut dire que les femmes se limitent elles-mêmes, s'autocensurent, n'osent pas demander de promotion, d'augmentation. Comme si elles ne se sentaient pas assez légitimes pour le faire. » Mais attention, la féministe est loin de rendre les femmes responsables de cette situation, comme elel l'a expliqué dans un chat à nos confrères du Monde, au printemps dernier :

« Ce n'est pas une question de nature, mais c'est le poids de l'histoire. Les femmes sont de nouvelles entrantes sur le marché du travail. Elles n'ont pas encore la légitimité des hommes. »

D'ailleurs, les faits sont là. Selon le rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT), intitulé « Femmes d'affaires et femmes cadres : une montée en puissance », paru en janvier 2015, dans 80 des 108 pays -pour lesquels des données sont disponibles- la proportion de femmes dirigeantes a augmenté pendant ces 20 dernières années. Pour atteindre aujourd'hui.... à peine 5%, pour les PDG des plus grandes sociétés mondiales. Plus l'entreprise est grande, plus il est rare qu'elle soit dirigée par une femme.

Loin des lieux de décision

Dans les entreprises, les conseils d'administration entièrement masculins sont monnaie courante. Mais leur nombre diminue, les femmes parvenant à atteindre 20% ou plus des sièges dans quelques pays, dont la France. Najat Vallaud-Belkacem, lors de son passage au ministère du Droit des femmes, a modifié le profil des entreprises concernées par la loi Copé-Zimmermann et l'obligation d'atteindre 40 % de femmes dans les conseils d'administration d'ici 2040 ; ainsi que 40 % de femmes entrepreneures.

Pour autant, l'économiste Hélène Périvier, chercheure à l'Observatoire français des conjonctures économiques, à Sciences Po, déplore toujours une insuffisance de femmes dans les lieux de prises de décision :

« Le pouvoir ne se concentre pas dans les conseils d'administration, mais dans les comités de direction ou les conseils décisionnels des entreprises. Or, les femmes y sont insuffisamment représentées ! »

Blocages structurels

Autre chiffre édifiant : les femmes sont payées, à travail et compétences égales, près de 20 % moins cher que les hommes. Quant à leur place sur le marché du travail après leur maternité, d’après l’étude SOS Préma-institut des mamans, 36 % des salariées du secteur privé sont stressées à l’annonce de leur grossesse. 28 % ont trouvé un accueil défavorable à leur retour de congé maternité et 19 % estiment que cette période a eu un impact négatif sur la perception de leurs compétences.

Et lorsqu'on arrive au pouvoir politique : « Sur 197 pays, seuls 11 chefs d'État et 13 chefs de gouvernement sont des femmes, alors qu’elles sont aussi nombreuses que les hommes dans la population. Cela peut être interprété avec Rousseau, comme l’expression de l’incapacité des femmes à être des êtres de raison et de pouvoir, ou comme le résultat de blocages structurels », résume Réjane Sénac, chercheure CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po, spécialiste du genre et des inégalités.

 

1Le care est un mot anglais qui n'a pas d'équivalent en français. Il s'agit d'avoir le «souci des autres » (être à l'écoute, assurer le suivi médical, nourrir...) : ses enfants, ses parents, sa famille...   

 

Rencontres avec les engagé(e)s de Correns - (2)

Correns (83) se présente comme le "premier village bio de France". Ici, du maraîchage à la viticulture en passant par l'aviculture, le respect de la terre et de l'environnement est un souci constant. Pour notre numéro d'automne, nous avions rencontré ces hommes (et surtout ces femmes) qui donnent l'impulsion durable à cette petite commune du Var. Interviews sonores de Fabien Lemarchand, viticulteur en biodynamie et Elisa Clément, enseignante au sein de "l'éco-école" de Correns. 

 

Rencontres avec les engagé(e)s de Correns

Correns (83) se présente comme le "premier village bio de France". Ici, du maraîchage à la viticulture en passant par l'aviculture, le respect de la terre et de l'environnement est un souci constant. Pour notre numéro d'automne, nous avions rencontré ces hommes (et surtout ces femmes) qui donnent l'impulsion durable à l'agriculture de cette petite commune du Var. Interviews sonores d'Elisabeth Meunier, employée de l'épicerie bio de Correns, et de Gaëlle Lemarchand, cochère vigneronne. 

 

 

La vie "romanesque" de Benoîte Groult en bande dessinée

Avortement, divorce, fé- minisation des noms de métiers : Benoîte Groult fut de tous les combats fé- ministes qui ont agité le siècle dernier. L’écrivaine, journaliste et militante née en 1920, est au centre de ce «roman graphique» devenu rapidement un classique. La dessinatrice Catel croque de son trait chaleureux la dame de 45 ans son aînée avec laquelle elle partage le même intérêt pour la lutte pour la libération des femmes. Il s’en dégage un récit enthousiasmant jalonné par les rencontres entre les deux femmes dans les lieux affectionnés par Benoîte Groult : Hyères, Paris ou encore la Bretagne. Les grands épisodes de la vie de l’intellectuelle y sont évoqués en image, donnant corps à une trajectoire empreinte de liberté. Au travers de cette biographie dessinée, Catel dresse aussi le portrait d’un engagement, celui de la femme contemporaine pour le droit de disposer d’elle-même.

Ainsi soit Benoîte Groult, roman graphique, Catel, Grasset, 336 pages, 22 euros

Représentativité des ONG : le grand recul du gouvernement

Par France Nature Environnement 

Partenaire à part entière des acteurs de la société civile, les organisations environnementales avaient intégré à partir des années 2008-2009 plusieurs grandes enceintes institutionnelles afin de faire entendre la voix de l’écologie en amont des décisions publiques. Au niveau européen, cela représentait deux sièges pour les associations de protection de l’environnement françaises. 

C’était là un acquis majeur du Grenelle de l’environnement que personne ne songeait à remettre en question, du moins ouvertement. C’était sans compter sur le gouvernement français qui vient de supprimer ces deux seuls sièges au Comité Économique et Social Européen. Alors que leur implication dans leurs mandats avait été unanimement saluée, France Nature Environnement et la Fondation Nicolas Hulot viennent d’apprendre, et tout à fait incidemment, que leurs mandats seront désormais supprimés. Leur implication avait pourtant permis de faire bouger les lignes au niveau des institutions européennes sur des sujets très concrets comme l’obsolescence programmée, l’économie de fonctionnalité, la surpêche ou la promotion des transports collectifs (...). France Nature Environnement juge inadmissible ce considérable retour en arrière sur les représentations environnementales et considère la décision du gouvernement comme un gigantesque désaveu du travail mené bénévolement (...).

Plus d'infos :

www.fne.asso.fr 

Smaïn Laacher : "Une frontière est faite pour être franchie"

Interview extraite de Provence Durable n°5

Smaïn Laacher est professeur de Sociologie à l’Université de Strasbourg, spécialiste des questions de migration en Europe. Pour nous, il revient sur la crise migratoire que traverse l’UE. Alors que le gouvernement se demande s’il ne faudrait pas remettre en place des contrôles aux frontières. Et que le FN et une partie de la droite se sont tirées la « couverture » des réfugiés durant la campagne des élections régionales...

 

PCE D : Le gouvernement a annoncé qu’il accueillerait 24 000 migrants en 2 ans. Un chiffre qui semble peu élevé au regard des 800 000 demandeurs d’asile enregistrés cette année en Allemagne. La France a t-elle un déficit de générosité à l’égard de ces personnes qui fuient la guerre et les persécutions ?

S L : Il ne s’agit pas de générosité, mais de « real politic ». La France n’a pas la même Histoire que l’Allemagne. Elle a certes accueilli des Harkis, des Pieds noirs ou des « boat people », mais cela reste sans commune mesure avec les millions de personnes venant d’Europe de l’Est accueillies par l’Allemagne après la seconde guerre mondiale. Aussi, lorsque le Mur de Berlin est tombé, 3 millions d’Allemands de l’Est ont rejoint l’Ouest. L’Allemagne fait face à une pression plus importante que la France de ce que nous appelons improprement les « réfugiés ». Notamment parce que ces gens désirent moins aller en France qu’en l’Allemagne.

PCE D : Manuel Valls envisage un retour temporaire aux contrôles des frontières. Cela aurait-il une utilité ?

S L : Cela peut avoir une efficacité temporaire. Mais cette mesure ne pourra pas arrêter ces mouvements de populations. Sauf si l’on militarise la protection des frontières, ce qui est plus dissuasif. Mais il paraît impossible de stopper des déplacements massifs et forcés comme ceux que l’on observe aujourd’hui. Une frontière est aussi faite pour être franchie.

PCE D. : Certaines régions, notamment frontalières, sont plus concernées par la situation que d’autres. Ne pourrait-on pas organiser une répartition plus équitable des migrants entre les régions ?

S L : Bien sûr. Mais toutes les régions ne se valent pas sur le plan économique. Toutes ne peuvent pas supporter de la même manière le coût que représente l’accueil de ces populations étrangères. D’ailleurs, la gestion de ce coût peut aussi provoquer des rapports compliqués entre l’État et les régions. Mais cela n’est pas exclusif à la France : en Allemagne, une tension État/länder existe aussi sur ce sujet. 

PCE D : Est-ce que cette situation peut, selon vous, avoir une influence importante sur le vote FN aux prochaines élections régionales ?

S L : Je pense que cela aura des effets. Mais personne ne peut dire s’ils seront importants.Le FN tente de tirer profit de la situation. Mais le courant de la droite « dure » incarnée par Nicolas Sarkozy s’est aussi emparé de cette question. Et je ne crois pas que le rapport de force politique soit franchement modifié lors des élections. Les enjeux du scrutin restent locaux.