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OGM et Roundup : « Nos découvertes sont alarmantes », Gilles-Eric Séralini

A l'occasion de la venue de Gilles-Eric Séralini samedi 9 mai, dans le cadre du salon Naturavignon, nous publions une partie de l'interview du célèbre professeur de biologie moléculaire réalisée par nos partenaires de Bretagne Durable. 

Retrouvez la totalité de cette interview en page 12 du numéro 7 de notre partenaire Bretagne Durable Magazine !

 

OGM et Roundup : « Nos découvertes sont alarmantes »

 

On ne présente plus Gilles-Eric Séralini. Ce professeur de biologie moléculaire à l'université de Caen a notamment publié une étude qui a fait grand bruit, en octobre 2013. Ses travaux mettent en évidence le développement de pathologies « graves » chez les rats, après plusieurs mois d'ingestion de maïs OGM ou du principal herbicide du monde, retrouvé dans nos cours d'eau, sous forme de résidus de Roundup. Alarmants, ces résultats remettent en cause certaines politiques sanitaires et environnementales. 

 

Depuis la sortie de votre étude sur les effets des OGM, vous êtes considéré comme l'expert indépendant le plus (imp)pertinent, pour parler des organismes génétiquement modifiés. Depuis quand travaillez-vous sur les OGM?

Depuis le début de ma carrière de professeur d’Université en fait, je les enseigne dès 1991. A l'époque, je m'intéressais aux OGM de laboratoire, qui nous permettaient de comprendre les gènes. J'étais « OGMophile », comme tous les scientifiques. Ces OGM nous ont notamment permis de générer les premiers médicaments de synthèse. A mon sens, ils n'auraient jamais dû sortir des laboratoires, compte tenu des conséquences observées lors de mes récentes études.

Comment en sommes-nous arrivés à manger des produits OGM que vous jugez dangereux pour la santé ?

Les premiers OGM sortis des laboratoires, dès 1986, sont des plantes agricoles. Leur modification génétique les rend tolérantes à un herbicide – qui détruit les « mauvaises herbes » - ou leur permet de produire leur propre insecticide, pour détruire un insecte ravageur. Nous parlons alors de soja au Roundup par exemple, qui est tolérant à ce pesticide. Elles s’imprègnent donc de grandes quantités de Roundup sans le détruire !Les principales plantes transgéniques agricoles sont aujourd'hui le soja d’abord (plus de 60%), le maïs, et les deux moins alimentaires : le coton et le colza. Plus de 100 000 millions d'hectares sont cultivés de par le monde. Je me suis rendu compte avec stupéfaction, dès 1992, que le principe de fonctionnement de ces OGM agricoles permettrait d'accroître l'utilisation de pesticides !

Le problème : les firmes qui développent ces pesticides sont les mêmes que celles qui produisent les plantes OGM qui les tolèrent !. Du coup, pour intensifier leurs ventes, ces firmes ont tout intérêt à éviter d’étudier les effets sur la santé de leurs produits. C'est ce que j'ai voulu démontrer dans mon étude.

Comment vous y êtes-vous pris ? Dans un tel contexte, vos conditions de recherches devaient être exceptionnelles...

En elle-même, cette expérience constitue une première absolue. Elle s'est déroulée dans le plus grand secret durant 5 ans. Outre les collaborateurs principaux, tout le reste du personnel ne savait pas ce que nous testions. Rien ne devait filtrer et nous utilisions des noms de codes. Pour la première fois, une équipe indépendante a pu mener une étude in vivo longue et rigoureuse sur l'effet de substances utilisées dans l'alimentation du bétail et des hommes. Elle était faite à l’aveugle, selon les normes : l’équipe technique ne savait pas ce qu’elle testait.

Nous avons choisi de nourrir nos rats avec du maïs NK 603, tolérant au mélange herbicide le plus utilisé au monde, le Roundup, qui contient notamment le glyphosate qui n’est pas le composé le plus toxique de ce mélange (voir encadré). Ce Roundup doit être utilisé par contrat avec 80% des OGM alimentaires, qui le contiennent en quantité .Il est commercialisé par Monsanto. Ce maïs a donc été mis en culture au Canada et traité à l'herbicide Roundup. Nous travaillions en plus avec ce pesticide seul dans l’eau de boisson des rats, pour voir d’où venaient les éventuelles pathologies,, afin d’évaluer l'impact réel du produit sur le consommateur.

Nous avons pris toutes les précautions de protocoles de laboratoire classiques, elles ont été suivies la lettre. Pour être valable, notre étude ne devait présenter aucune faille.

Et pour le financement ?

Cette unique question m'a pris deux ans de travail. Comme j'ai vite compris que je n'aurais jamais les millions d'euros nécessaires pour une étude de produit déjà sur le marché - l’État ne donne jamais de crédits aussi grands et toujours en collaboration avec l'industrie – j'ai sollicité mon réseau personnel. Résultat : 50 industriels ont répondu présents et ont permis le financement à hauteur de 3,2 millions d'euros.

Finalement, vos résultats étaient-ils ceux envisagés dans vos hypothèses ?

Nos résultats ont été catastrophiques ! Après deux années d'expériences, 90 rats sur les 200 du départ seulement, ont survécu au maïs OGM et à son pesticide. Et ils étaient dans un tel état que nous avons dû les euthanasier. Les deux principaux effets relevés : des actions tumorigènes (surtout chez les femelles) et des toxicités hépatorénales fortes. Nous attribuons cela en particulier aux résidus de pesticides dans l'eau et dans le maïs transgénique cultivé au Roundup.

A présent, des études sur la reproduction à l’échelle de plusieurs générations doivent absolument être menées. Une interdiction de consommation, plus qu'un moratoire, devient indispensable. Tout comme un retrait du marché.

Que répondez-vous aux personnes qui attaquent les résultats de votre étude ?

Que cette étude a été validée en octobre 2012 quand ses résultats ont été publiés dans l'une des meilleures revues de toxicologie alimentaire du monde, Food and Chemical Toxicology. Que ces résultats ont été confirmés, lorsque cette même revue a publié un de nos articles en janvier 2013 répondant point par point à nos détracteurs.

En fait, les personnes qui se sont opposées à mon étude sont des scientifiques qui travaillent avec les agences internationales chargées de valider les autorisations de mise sur le marché des produits ou avec les industriels chargés de commercialiser les OGM agricoles ou des pesticides. Approuver mon étude reviendrait pour eux à remettre en cause 10 ans de leur travail, et révéler leurs malhonnêtetés d’évaluations, tant pour les OGM que les pesticides. Car ces agences avaient par exemple détecté des effets hépato-rénaux sur les animaux lors des 3 mois de tests avant autorisation de mise sur le marché du Roundup. Mais ces effets ont été volontairement négligés par la firme.  

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